Le travail, un instrument de torture?

Ouh que ça faisait longtemps que ça me titillait une petite réflexion sur le travail, je profites du 1er mai!

Pour commencer, de façon un peu pédante, et expliciter le titre de cet article, reprenons l’étymologie du mot « travail »: du latin tripalium, instrument de torture avec lequel on punissait les esclaves. Yumi, ça sent bon  l’affaire, nan? De là, le verbe « travailler »: fait de torturer quelqu’un-e au tripalium. Mouais, alors pas si étonnant que le travail ce soit dur et ça fasse souffrir. C’est en tout cas la conception, et plus que la conception l’expérience, qu’en ont la plupart d’entre nous, à mon avis. Car oui, bien que nombreux/ses ne l’avouent pas, ou ne voient même pas en quoi cela est un problème, tellement nous sommes formaté-e-s à l’idée que l’on doit endurer cette souffrance pour « gagner sa vie » (euh t’es pas déjà vivant-e depuis que t’es né-e toi?), je pense que c’est une expérience qu’on fait tou-te-s (bon ok, peut-être pas celles/eux qui naissent avec un pactole mais bon, sont pas beaucoup) à un moment donné. Même que souvent on essaie, plus ou moins consciemment, de s’arrêter de travailler un moment, bon pas trop longtemps et avec un bon prétexte (maladie, licenciement/chômage, enfants, …).

Le rapport avec la naturopathie? Le travail peut être source de perturbations de notre équilibre vital, ou carrément de rupture brutale, en clair de « problèmes de santé », de maladies. Connaissez-vous des gens qui n’ont jamais souffert de stress au travail (pas le bon p’tit stress qui te fait te bouger mais celui qui te rends malade )? de douleurs corporelles en lien avec leur travail (mal de dos, sciatique, limbago, etc.)? Dépressions, burn-outs et compagnie, on en parle de plus en plus souvent (parce que ça se produit de plus en plus fréquemment). J’ai même pas 30 ans et j’ai un bon p’tit paquet d’ami-e-s de ma génération qui sont passé-e-s par là (ça t’étonnes, vraiment?). D’ailleurs, c’est une des choses qui m’a amené à la naturopathie, un travail dans lequel je ne me suis pas retrouvée, alors même que j’avais basé de bonnes espérances dessus (zut alors). Au final, dans la naturo, je cherchais l’air qu’il me manquait, et ça m’a mené à me poser davantage de questions sur mon mode de vie global et, pour un moment, arrêter de travailler hihi Bouhou la vilaine, elle ne mérite pas de vivre. Tu rigoles (ou peut-être pas d’ailleurs), mais c’est pas loin de la « pensée » de certaines personnes aujourd’hui quand tu leur dis que tu ne travailles pas. C’est ça ou c’est « oh ma pauvre que tu dois être triste« . Ben non, tu sais bien que des activités on en a toujours plein, même quand on ne « travaille » pas, des activités parfois super utiles à la société en plus: s’occuper de sa famille, de ses proches, d’autres personnes en général, penser critique (oups, ça, ça serait pas gênant des fois?), construire sa maison, faire son jardin (devenir plus autonome quoi, re-oups). Le seul problème en fait c’est qu’on ne compte plus avec une rémunération (l’argent, vaste sujet, j’en parlerai une prochaine fois tiens!).

[Bon ok, le tableau n’est pas si noir non plus, le travail peut aussi parfois améliorer notre équilibre vital du fait des relations qu’on peut y tisser (j’sais pas vous, mais moi j’ai toujours rencontré de super personnes dans mes différents tafs), des choses qu’on peut y réaliser (parfois super chouettes), etc.]

Tu pourras entendre des « expert-e-s » de la génération Y et compagnie te dire que le problème c’est pas le travail mais les nouvelles générations qui veulent s’y épanouir, et deviennent alors très exigeantes avec ce fichu travail (et avec elles-mêmes au passage). Infernales/aux ces petit-e-s con-ne-s, faudrait les mater! A peine caricatural de la « pensée » de certain-e-s « managers », te jure. Le problème, pour moi, c’est plutôt ce travail qui est à côté de la plaque! Car non, j’veux plus d’chef-fe-s (dont la seule différence avec moi est souvent qu’il est un homme mieux rémunéré), j’veux qu’on prenne en compte mon point de vue (au même titre que celui de mes compagnon-e-s), j’veux pas travailler seule dans mon coin (mais en groupe, en partenariat, pas en prestataire, sous-traitant, ou autre, qui se fait carotter), j’veux plus d’horaires figés (être de 9h à 18h assise derrière un ordi ça m’a jamais aidé à être productive, encore moins créative et intelligente – euh ça détruirait pas les neurones plutôt?), ni cravacher des heures et des heures pour des miettes de sens et de rémunération. Est-ce que ça veut dire que je veux me gratter la panse tout le jour sous les tropiques? Nan (même si, de temps en temps, ça fait pas mal, tu devrais essayer), plein de choses à faire, plein d’idées à tester, de projets à mener. Mais si le cadre proposé pouvait être moins pourri, et respecter les gens (j’te parle même pas des autres êtres vivants et de la planète, bouduuuuuuu ce serait bin trop compliqué ma bonne dame), ce serait pas trop demander! Possible dans le cadre d’un emploi salarié? J’en suis de moins, en moins, en moins, en moins (emphase plus plus), convaincue. Qu’est ce que ça donnerait d’entreprendre? Va falloir se jetter à l’eau! Même si ici, y a pas de filets. Quoiqu’en collectif, on peut sûrement se rattraper les un-e-s les autres. Mais warning sur l’auto-exploitation, c’est vite arrivé, me semble.

En attendant, renifles bien ton muguet (allez c’est beau et ça sent bon), moi je retourne à mes sous-travails (tu sais peut-être, ceux qui sont parfois tellement passionnants et parfois tellement utiles à la société que personne n’est disposée à les financer), la volontaire (éternelle?).

Ah et un petit ouvrage que je te recommande très fortement: Le travail, quelles valeurs? Idées reçues et propositions du Mouvement Utopia, désormais disponible gratuitement en ligne ici. Et pour aller plus loin, si tu le souhaites, un ouvrage de Dominique Méda, le sociologue qui préface l’écrit du Mouvement Utopia, (bien) en avance sur son temps: Le travail: une valeur en voie de disparition?